Fondé en 2009, le Groupe Zaari des Abidat Rma perpétue un art populaire profondément enraciné dans le patrimoine de la région des Beni Moussa et des Beni Amir. Entre traditions ancestrales, thématiques sociales contemporaines et recherche de nouvelles formes d’expression, la troupe entend préserver l’authenticité de cet héritage tout en l’adaptant aux évolutions de la société. Dans cet entretien, Nabil Zaari, chef du groupe, revient sur son histoire, son répertoire, les particularités des styles qu’il pratique, mais aussi sur les difficultés auxquelles les troupes artistiques sont confrontées, notamment en matière de soutien.
ALM :le Groupe Zaari des Abidat Rma a été créé en 2009. Comment cette aventure a-t-elle commencé ?
Nabil Zaari : Le groupe a été fondé en 2009. Depuis sa création, nous avons veillé à maintenir une certaine continuité. Les anciens membre du groupe , y compris ceux qui ont aujourd’hui atteint un âge avancé, continuent à être présents parmi nous. Cette continuité constitue pour nous une véritable richesse et témoigne de notre attachement à cet art.
Quels sont les principaux genres et thèmes que vous abordez dans vos chansons ?
Notre répertoire est assez varié. Nous abordons notamment des thèmes liés à la bravoure, à la spiritualité et aux différentes questions de société. Nous avons, par exemple, consacré un travail à la question des élections. Nous nous intéressons également aux traditions et aux pratiques qui constituent une partie importante de notre patrimoine culturel. La tbourida , le labour ; la bravoure…sont des thèmes qui occupent une place importante dans notre culture et notre patrimoine. Mais nous ne nous limitons pas aux sujets traditionnels. Nous abordons également des problématiques contemporaines, comme l’immigration clandestine, communément appelée « Hrig…
Quels sont les styles artistiques des Rma dans votre région, notamment chez les Beni Moussa ? Existe-t-il un véritable engouement pour cet art?
Nous sommes originaires de la région des Beni Moussa et nous pratiquons leur style. Mais nous maîtrisons également le style « Amiri », propre aux Beni Amir.
La différence entre les deux styles réside essentiellement dans les instruments utilisés et dans le rythme. Chez les Beni Moussa, on utilise notamment des instruments en terre cuite, tandis que dans le style d’Oued Zem, on retrouve davantage des instruments en bois, comme la Taarija.
Nous maîtrisons les deux styles. Le rythme « Amiri » est généralement plus posé et plus calme, alors que le style des Beni Moussa se distingue par un rythme plus énergique et davantage dansant.
Quels sont les principaux instruments que vous utilisez ?
Nous utilisons principalement la Taarija, le Bendir ainsi que lamkasse, c’est-à-dire les ciseaux.

Et qui écrit les paroles de vos chansons ?
Nous écrivons nous-mêmes une partie de nos textes. Et nous reprenons également certains chants populaires connus dans la société, que nous adaptons ensuite à notre propre style. Nous pouvons, par exemple, nous inspirer de thèmes qui étaient autrefois interprétés par feu El Bachir de Benslimane, tout en leur apportant notre propre touche et notre propre manière de les présenter.
L’objectif est donc de préserver le patrimoine tout en lui apportant une dimension nouvelle ?
Oui, c’est indispensable. Si nous ne faisons pas preuve d’innovation, notre contenu risque de devenir répétitif et de rester figé dans le passé. Il est donc nécessaire de faire évoluer notre art, aussi bien sur le plan musical que dans les costumes et les tenues traditionnelles. La préservation du patrimoine ne signifie pas qu’il faut rester immobile. Au contraire, nous devons trouver un équilibre entre la sauvegarde de notre identité et l’innovation.
Quels sont aujourd’hui les principaux problèmes auxquels votre groupe est confronté, notamment en matière de soutien et de subventions ?
Malheureusement, nous ne bénéficions d’aucune aide. Nous représentons notre ville dans de nombreux festivals nationaux et nous contribuons à faire connaître notre patrimoine à travers différentes manifestations. Pourtant, nous ne bénéficions pas d’un soutien réel de la part des responsables locaux. Et cette situation ne concerne pas uniquement notre groupe. De nombreuses troupes artistiques vous feront le même constat : le soutien demeure insuffisant, aussi bien au niveau du ministère de tutelle que des responsables locaux.
Nous demandons simplement davantage d’encouragement, de soutien et de reconnaissance. On nous sollicite parfois pour participer à des éliminatoires ou à différentes manifestations, sans pour autant nous donner les moyens financiers nécessaires pour nous préparer et assurer nos déplacements.
Nous souhaitons que les troupes qui œuvrent à la préservation du patrimoine bénéficient d’un accompagnement à la hauteur de leur rôle culturel.
Souhaitez-vous aujourd’hui franchir les frontières et faire connaître votre art à l’étranger ?
C’est justement ce que nous souhaitons. Nous aimerions pouvoir voyager à l’étranger et représenter notre ville ainsi que notre patrimoine au-delà des frontières. Mais cela nécessite des moyens financiers et un accompagnement professionnel.
Propos recueillis par SAID FRIX ALM
