Le Projet de Développement Territorial Intégré (PDTI) de Khénifra : gouvernance participative, équité sociale et durabilité
Le Projet de Développement Territorial Intégré (PDTI) de la Province de Khénifra s’inscrit dans le prolongement du Discours Royal du 29 juillet 2025, par lequel Sa Majesté le Roi Mohammed VI a appelé à la mise en œuvre d’une nouvelle génération de programmes de développement fondés sur la solidarité, la convergence et la valorisation des spécificités locales. Ce projet territorial, qui concerne vingt-deux communes, illustre la mise en pratique d’une gouvernance participative et intégrée, impulsée par le Gouverneur de la Province et consolidée par la circulaire du ministre de l’Intérieur.
L’article analyse les fondements conceptuels de cette démarche, ses axes stratégiques (mise à niveau, eau, santé et éducation, emploi et inclusion sociale), ainsi que les résultats attendus en matière de réduction des disparités, de création d’emplois, d’amélioration des services sociaux et d’alignement sur les Objectifs de Développement Durable. L’approche théorique mobilise les travaux de grands penseurs en économie et en sociologie, tels qu’Amartya Sen, Elinor Ostrom, Joseph Stiglitz, Gunnar Myrdal et Edgar Morin, afin d’éclairer les implications académiques et pratiques du PDTI.
Le Discours du Trône du 29 juillet 2025 a marqué un tournant dans l’histoire récente du Maroc. Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, a donné ses Hautes orientations pour élaborer une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégrés. Ceux-ci doivent être construits autour de la valorisation des spécificités locales, du renforcement de la régionalisation avancée et de la consolidation des principes de complémentarité et de solidarité entre territoires. L’objectif central est de garantir à chaque citoyenne et citoyen un accès équitable aux fruits de la croissance.
La circulaire du ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, est venue préciser les méthodes et priorités de cette vision : promotion de l’emploi et de l’entrepreneuriat local, amélioration des services sociaux fondamentaux, gestion durable des ressources hydriques et mise à niveau territoriale. Ces orientations s’inscrivent dans le cadre du nouveau modèle de développement, qui appelle à une action publique efficace, inclusive et territorialisée.
Une gouvernance participative et intégrée
L’expérience de Khénifra se distingue par l’approche participative instaurée et développée par le Gouverneur de la Province. Loin de se réduire à un processus administratif, la planification territoriale est devenue un exercice collectif impliquant élus, services déconcentrés, associations, coopératives, jeunes et femmes. Cette démarche traduit dans la pratique l’idée de Robert Putnam selon laquelle le capital social, fondé sur la confiance et la coopération, est un déterminant essentiel du développement¹.
Elle rejoint également les travaux d’Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie, qui a démontré que la durabilité des politiques de gestion des ressources dépend de l’implication active des communautés locales². En faisant du PDTI un pacte collectif, la Province de Khénifra illustre comment la gouvernance participative peut renforcer la légitimité et l’efficacité des politiques publiques.
Les quatre axes stratégiques du PDTI
Le PDTI de Khénifra s’articule autour de quatre axes majeurs qui traduisent les orientations royales et ministérielles.
Le premier est celui de la mise à niveau territoriale et infrastructurelle. Dans une province marquée par l’enclavement de nombreux douars, la réhabilitation des infrastructures routières, la modernisation des marchés hebdomadaires et l’amélioration des espaces publics apparaissent comme des leviers essentiels pour réduire les inégalités spatiales. Gunnar Myrdal avait montré que les déséquilibres régionaux s’auto-renforcent si l’État n’intervient pas³.
Le deuxième axe est celui de l’eau et de l’assainissement, enjeu vital dans un contexte de stress hydrique et de changement climatique. Forages, réseaux d’alimentation en eau potable, stations d’épuration et réutilisation agricole des eaux traitées constituent des choix stratégiques. Ils rappellent l’importance des institutions locales et de la gestion collective des biens communs telle que théorisée par Ostrom².

Le troisième axe concerne la santé et l’éducation. La construction de centres de santé de proximité, la mise à niveau des écoles rurales et le renforcement du transport scolaire rejoignent l’approche des capabilités d’Amartya Sen et de Martha Nussbaum, pour qui le développement se définit comme l’expansion des libertés réelles offertes aux individus⁴.
Le quatrième axe est celui de l’emploi et de l’inclusion sociale. La valorisation des filières locales, le soutien aux coopératives et l’encouragement de l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes reflètent la conviction de Joseph Stiglitz selon laquelle l’inclusion économique est indispensable à la stabilité sociale⁵.
Résultats attendus et impact direct sur les habitants
Les objectifs assignés au PDTI sont ambitieux. À l’horizon 2027, la Province de Khénifra vise une couverture quasi universelle en eau potable, la mise en service des premières stations d’assainissement, une réduction significative du temps d’accès aux écoles et aux centres de santé, et la création de plusieurs milliers d’emplois locaux.
L’impact direct sur les habitants sera visible : amélioration tangible de la qualité de vie, accès équitable aux services sociaux, renforcement du tissu économique local et consolidation du sentiment d’appartenance. En alignant ses actions sur les Objectifs de Développement Durable, notamment l’ODD 3 (santé), l’ODD 4 (éducation), l’ODD 6 (eau), l’ODD 8 (emploi), l’ODD 10 (réduction des inégalités) et l’ODD 11 (communautés durables), le PDTI inscrit la province dans une dynamique internationale de développement inclusif. Edgar Morin a souligné que la complexité du développement exige une approche multidimensionnelle qui articule économie, société et environnement⁶.
Approches comparées et bonnes pratiques internationales
L’expérience de Khénifra trouve des résonances dans plusieurs initiatives internationales. En Europe, les Investissements Territoriaux Intégrés (ITI) démontrent l’efficacité des stratégies locales regroupant financements et projets. En Amérique latine, les budgets participatifs de Porto Alegre et de Medellín illustrent la puissance de la participation citoyenne dans la priorisation des projets. En Afrique subsaharienne, les Programmes de Développement Local (PDL) confirment la pertinence des partenariats entre État, collectivités et communautés.
Au Maroc, l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH) a ouvert la voie, mais le PDTI franchit une étape supplémentaire en institutionnalisant une gouvernance participative provinciale. Khénifra apparaît ainsi comme un laboratoire national de convergence et de territorialisation des politiques publiques.
Le Projet de Développement Territorial Intégré de Khénifra traduit la volonté royale d’un Maroc inclusif et solidaire. Par son approche participative, sa gouvernance intégrée et ses axes stratégiques, il incarne une méthode innovante de territorialisation des politiques publiques. Au-delà d’un simple programme, il s’agit d’un véritable projet de société où les habitants deviennent acteurs du changement et où l’État se rapproche du citoyen.
Khénifra offre aujourd’hui un exemple reproductible qui peut inspirer d’autres provinces et contribuer à concrétiser la vision royale d’un Maroc équilibré, équitable et résilient.
Dr. Mhamed Aqabli
Professeur des Universités et Président de la Commune Territoriale d’Aguelmous
