Le tribunal de première instance d’Azilal a abrité, mardi 10 mars 2026, une rencontre de communication organisée par la cellule locale chargée de la lutte contre la violence à l’égard des femmes. Cette initiative s’inscrit dans le cadre des efforts visant à renforcer la coordination entre les différents intervenants et à activer les dispositions juridiques relatives à la protection des femmes victimes de violence.
Dans son allocution d’ouverture, Mme Chaïmae Aqsbi a souligné que cette réunion s’inscrit dans le cadre des rencontres périodiques visant à examiner les moyens de lutte contre la violence à l’égard des femmes et à identifier les mécanismes les plus efficaces pour sa prévention. Elle a également mis l’accent sur la nécessité d’assurer une mise en œuvre optimale des circulaires de la Présidence du ministère public et d’activer les dispositions de la loi n°103.13 relative à la lutte contre la violence faite aux femmes.
L’intervenante a en outre rappelé que le parcours du Royaume du Maroc en matière de promotion des droits des femmes et d’autonomisation féminine repose sur les références internationales des droits humains, notamment le principe de non-discrimination. Elle a évoqué, dans ce contexte, les avancées enregistrées par le Maroc à la faveur de la Constitution de 2011, qui consacre la primauté des conventions internationales ratifiées par le Royaume, ainsi que le principe d’égalité entre les sexes prévu à l’article 19. Elle a également mentionné la création de plusieurs instances de gouvernance, dont l’Autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination.
Mme Aqsbi a par ailleurs insisté sur le fait que l’approche adoptée pour traiter les affaires de violence à l’égard des femmes repose sur la coordination entre les différents intervenants, à travers les mécanismes de prise en charge mis en place par les commissions régionales et locales supervisées par le ministère public. Ces mécanismes visent à instaurer une approche participative et globale dans l’accompagnement des femmes et des enfants victimes de violence, notamment par la réception des plaintes, l’offre de soutien et d’accompagnement aux victimes, l’orientation des cas nécessitant une prise en charge vers des centres d’hébergement, ainsi que le suivi de leur situation sanitaire et sociale.
De son côté, la magistrate Ihssane Zouhir a présenté une intervention scientifique portant sur la protection pénale des femmes contre la violence à la lumière de la loi marocaine n°103.13. Elle a souligné que la violence à l’égard des femmes constitue l’un des phénomènes sociaux portant atteinte à la dignité humaine et aux droits fondamentaux, et qu’elle représente un obstacle majeur à la réalisation de l’égalité et du développement au sein de la société.

L’intervenante a précisé que le législateur marocain a adopté une définition élargie de la violence, englobant les violences physique, psychologique, sexuelle et économique. Il a également procédé à la criminalisation de plusieurs actes y afférents, notamment le harcèlement sexuel, le mariage forcé et l’expulsion du domicile conjugal, tout en mettant en place des mécanismes institutionnels de prise en charge des femmes victimes de violence au sein des tribunaux, des services de la Sûreté nationale, de la Gendarmerie royale et des établissements hospitaliers.
Par ailleurs, l’intervention a abordé plusieurs contraintes entravant l’application effective de ces dispositions sur le terrain, notamment la difficulté de prouver certaines formes de violence, en particulier la violence psychologique et économique, ainsi que les contraintes sociales et culturelles susceptibles d’empêcher les victimes de porter plainte. Elle a également évoqué les limites liées aux ressources et aux mécanismes de prise en charge dans certains cas.
La rencontre a été marquée par un débat approfondi entre les différents participants, au cours duquel plusieurs questions liées aux diverses formes de violence ont été abordées, notamment la violence numérique, dont l’ampleur connaît une augmentation notable. Les participants ont également discuté des moyens de preuve dans les affaires y afférentes, en particulier lorsqu’il s’agit de mineures, ainsi que des manifestations de la violence économique au sein de certaines familles et de l’importance de renforcer les dimensions préventive et répressive dans la lutte contre ce phénomène.
La rencontre s’est conclue par un appel à considérer la lutte contre la violence à l’égard des femmes comme une responsabilité collective nécessitant la mobilisation conjointe des institutions judiciaires, sécuritaires, sociales et éducatives, ainsi que de la société civile. Les intervenants ont également souligné l’importance de renforcer la sensibilisation de la société à la gravité de ce phénomène et à la nécessité de le combattre, afin de garantir la dignité des femmes et la protection de leurs droits au sein de la société.
Cette rencontre a été présidée par Mme Chaïmae Aqsbi, substitut du procureur du Roi près le tribunal de première instance d’Azilal, en présence de magistrats du siège et du parquet, ainsi que de représentants de la police judiciaire relevant de la Sûreté nationale et de la Gendarmerie royale. Ont également pris part à cette réunion des cadres et responsables du secteur de l’Éducation nationale, des conseillers en orientation et en planification, ainsi que plusieurs acteurs concernés par les questions de protection sociale.
SAID FRIX ALM
